19 Sep
2013

Brise d’hiver

ACTE 1, Scène 2

MarieMad’ (chante) : Achetez, achetez ! Chez Annette, le fil est chouette,
Chez Annette Petavy, les modèles sont jolis.

(Des techniciens en salopettes grises arrivent et se pressent en poussant un décor de temple grec. La conscience, drapée dans une toge, les suit en courant, puis soudainement, à la vue du public, ralentit le pas et s’avance dignement.)

La conscience : MarieMad’, quel est donc cette frénésie soudaine ? N’as tu point de honte à t’adonner ainsi à la publicité outrancière ?

MarieMad’ (continuant sur sa lancée) : Y a du poil de chameau et celui de l’alpaga, ha ha !
Des nouveaux fils dentelles, et la vie est plus beeeeeelle !

La conscience : As-tu perdu toute retenue ? As-tu perdu la raison même ?

MarieMad’ : Chère conscience, je n’y puis rien, je suis victime, je crois, d’envoutement annettique.
Je suis atteinte, j’en ai peur, de la fièvre pétavienne.

Tout a commencé à la fin de l’année scolaire. Te souviens-tu de la tombola ? J’y ai hérité d’un magnifique fil alpaga, arrivé directement de l’exotique et mystérieuse Bolivie et pourvu par Annette. Je ne le savais pas encore, mais l’issue de l’histoire était inévitable.
Trois semaine après, une brève excursion campagnarde au Lot et la Laine me permis de découvrir, en toute candeur, le stand d’Annette. La papesse française du châle au crochet, Eclat du Soleil, était là elle aussi.

Où n’avais-je pas mis les pieds ? Dans quel antre de luxure ? La grande prêtresse Annette m’initia à la dure discipline  du bobinage de lin. Puis, les doigts encore meurtris par le fil, je mémorisai le nom de tous les modèles
Mon destin était scellé : je repartis avec le modèle Brise d’été. Mon premier châle au crochet ne mis que quelques jours à prendre forme, preuve tangible de l’extraordinaire expérience que j’avais vécu.

brise d'hiver1
La conscience : Je comprends. Mais tu es forte, plus forte que tu ne semble le croire.
Je ne veux pas entendre tes explications. Tu n’as pas d’excuses !

MarieMad’ (contemplative) : Ô que si, regarde moi ça

brise d'hiver2
 La conscience : Heu…. MarieMad’, je crois que ton modèle s’en va avec le châle.

MarieMad’ : Hé là ! Mais tu as raison, la voilà qui prends la poudre d’escampette.
Revenez, revenez ! Ce châle m’appartient, c’est ma preuve tangible !

 (MarieMad’ sort de scène en courant, et revient bientôt, essoufflée et bredouille)

….. ma preuve tangible….

La conscience : Quelque part te voilà bien punie de ta conduite indigne. Ce même châle qui t’as conduit à promouvoir une activité mercantile, t’es soudainement retiré. Te voilà punie par là où tu as pêché.

MarieMad’ : Dis-donc tu commence à m’escagasser toi, avec ta toge et tes grands airs.

La conscience : Je n’aime pas l’air avec lequel tu me regardes MarieMad’. A quoi penses-tu ?

MarieMad’ : Je pense au commentaire d’Olivia suite à mon précédent article.

La conscience : Et il disait quoi ce commentaire ?

MarieMad‘ : En substance, ça revenait à un dicton du genre : « La conscience, c’est comme les fesses : le mieux c’est de s’asseoir dessus ».

La conscience : C’est malin ! Tu n’oserais tout de même pas… Je n’aime vraiment pas ton regard…

(La conscience s’éloigne et sors de scène. MarieMad’ la suit à grande enjambées).

 MarieMad’ : Reviens petit pouf… Reviens, j’ai les genoux qui fatiguent !

RIDEAU

3 Comments

  • Ah, tu me fais trop rire ! Va falloir que je sois à la hauteur maintenant ! 😀

    • J’ai foi en toi.

  • Rhoo… Quelle belle idée en deux couleurs !! Bon, ben Annette a la pression mais c’est bien ça lui fera encore sortir d’autre merveille !! mdr
    Bon, ben, j’ai déjà une idée d’un brise d’été trois et grace à toi une envie d’un quatre vient de naitre !!

Rôôô, oui... un pti commentaire !